Diapéro

Il flot­tait comme un cer­tain plai­sir à se retrou­ver ensemble pour cette soi­rée dia­péro. Une concen­tra­tion de pro­fes­sion­nels ou d’amoureux de l’image et du son.

Bien sûr les dis­cus­sions por­taient aussi sur com­ment en vivre de ces fameux POM, Web­doc et autres trucs mul­ti­mé­dias à une époque où la créa­tion pho­to­gra­phique et sonore n’a plus aucune valeur. On échange aussi sur le der­nier stage de for­ma­tion mul­ti­mé­dia, d’écriture ou de mon­tage… en espé­rant qu’on va pou­voir répondre à l’injonction magique de ceux qui, dans les rédac­tions bien pro­té­gés der­rière leur CDI, conseillent d’innover…

En dehors de quelques gou­rous du Web­doc qui tentent avant tout de vendre leur propres nom comme une vul­gaire marque en squat­tant les médias et les aides qui en découlent, il est clair que ça ne rap­porte rien, qu’on ne peut en vivre, en tout cas pas sans avoir un autre tra­vail à côté.

La salle rigole bien quand une réa­li­sa­trice annonce le prix de sa pige pour un pas­sage sur un site de pure­player tan­dis qu’elle a offert le même film à une grande chaine de télé­vi­sion natio­nale.

Elle parle de 80.000 visites pour son film… mais pas un cen­time en poche.

Elle n’a même pas gagné de quoi s’acheter une tablette et mon­trer son œuvre à sa bou­lan­gère qui s’empresserait pour­tant de lui don­ner sa baguette en échange de tant de noto­riété sou­daine… non ?

Alors, pour­quoi se retrou­ver ensemble ?

Si l’aspect finan­cier est sans espoir, la créa­ti­vité est tou­jours au rendez-vous. On a beau ne plus gagner d’argent on est tou­jours pho­to­graphe, jour­na­liste, per­pé­tuel­le­ment éton­nés du monde qui nous entoure, insa­tiables obser­va­teurs de la vie des autres, révol­tés des injus­tices à dénon­cer ou en quête bou­li­mique des pos­sibles… Et puis, il faut tou­jours ten­ter quelque chose plu­tôt que rien. On repar­tira avec pas mal d’idées, de pistes tra­cées sur les erreurs ou les trou­vailles des films vus et on revien­dra pour échan­ger encore des bouts de ces mondes humains.

Ce monde ban­cal nous plait tant…