Détournement d’image

Un grand classique du “journalisme” : un gros titre pour le poids des mots “14 blessés chaque jour” et une photo pour le choc “un CRS en sang”.

La légende de l’image dit “La plupart des agressions visant des policiers ont lieu dans des zones urbaines sensibles“.

Sans prendre parti pour ou contre l’utilité des interventions des forces de l’ordre, la validité de l’étude qui annonce une hausse de 30% des agressions sur les deux dernières années parce que je n’en ai pas les moyens ni le temps, je voudrais tout de même apporter quelques précisions et interrogations.
Quand j’ai vu cette image, je me suis souvenu du visage du CRS parce que j’étais là lorsqu’il a reçu un pavé dans la tête. La photo a été prise pendant les manifestations du CPE ou les après-manifs, en fin de journée quand les étudiants se rassemblaient pour aller à la Sorbonne qui venait d’être évacuée. Le pouvoir qui avait une peur irrationnelle de se voir rejouer mai 68 avait fait encercler l’université par les CRS. Les autres facs étaient ouvertes, mais pas la Sorbonne. Après quelques échauffourées, les CRS avaient dégagé la place de la Sorbonne pour que les manifestants n’aient plus accès au sol fait de plaques de marbre qu’ils descellaient et envoyaient sur les policiers. Jusqu’à présent les débats et les manifs des étudiants anti-CPE étaient de très bonne qualité. La crispation du pouvoir, une fois de plus à côté de la plaque avec le monde universitaire, a fait que casseurs purent se joindre aux manifs. Mais des casseurs bien blancs, bien habillés… “Loin des zones urbaines sensibles…”

Après avoir pris la même photo, j’ai quitté la manif, écœuré. Je craignais que les médias en profitent pour décrédibiliser le mouvement, mais étrangement, cette image ne sortit jamais dans la presse.
D’autres images de violence furent publiées, mais de “casseur des banlieues” bien plus utiles politiquement et plus en phase avec les stéréotypes médiatiques.

Il y a aussi le chapô sur la page qui dit “Les interventions des forces de l’ordre sont souvent vécues comme des provocations“. Que des “jeunes des banlieues” prennent la venue des forces de l’ordre comme une provocation, c’est scandaleux, car cette masse de personnes uniforme, sans distinction, qui fait peur se doit de rester à sa place et d’obéir. Le “bas peuple” ne peut vivre dans son coin, il doit en plus intégrer les valeurs des dominants et non pas faire semblant.

Pour les étudiants du Quartier Latin, c’est très différent : ils appartiennent à l’élite. La transgression deviendra la règle lorsqu’ils seront aux affaires (en politique, en entreprise…). Tant qu’ils sont jeunes, tout cela relève du folklore.

Brève reprise aussi sur ACRIMED

L’info devait paraitre dans Le Canard enchainé mais une actualité en chassant une autre…