Effondrement progressif

Quand je vois ce genre de titre dans le journal, je ne peux m’empêcher de penser à ce qui s’est passé pour les photographes de presse.

Progressivement, ce métier a été détruit mais il n’y a eu aucune mobilisation.

Longtemps, les photographes chroniquaient les conflits économiques et sociaux, passant de l’un à l’autre, ce qui permettait d’avoir un certain recul et de se rendre compte que le mouvement était général. On avait envie de dire à chaque secteur de s’intéresser à ce qui s’était déjà produit ailleurs, on avait envie d’en prévenir d’autres lorsque ceux ci commençaient à nous prévenir de prémisses de dégradations de leurs activités…

Mais chacun, trop occupé à soi-même, tant collectivement dans leur secteur, qu’individuellement dans leurs entreprises, ne voulait voir l’évidence. Chacun se croyant unique.

Il y a des secteurs plus médiatiques que d’autres (les infirmières, les pompiers…), même si ça n’empêche pas leur destruction.

Parce que la réduction de personnel, n’est jamais qu’une question de nombre et d’économies, mais un changement profond de la fonction même de la profession. Pour revenir au photojournalisme, l’image a ainsi perdu son statut d’information, elle avait acquis dans les années 1970, pour redevenir de l’illustration, participant ainsi à la perte de confiance dans les médias et ouvrant la voie à toutes les manipulations que l’on constate aujourd’hui, principalement dans les réseaux sociaux.

Le morcellement des individus commencé par la disparition des syndicats, l’individualisation des salaires, la logique comptable dans les services publics… et aujourd’hui la création de bulles informationnelles dans les réseaux sociaux, achèvent de détruire tout projet politique collectif.

Bien sûr, cela ne durera pas. Bien sûr la révolte renversera tout ça pour quelque temps, mais, après un XX° siècle d’espoirs et de désenchantements, d’extrêmes destructions et d’avancées sociales, on aurait bien voulu vivre une époque plus juste et épargner à l’humanité la violence qui s’annonce.

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