Lucky Strike

La ser­veuse, avec son tee-shirt Cha­nel, avait servi, le verre de vin rouge que j’avais demandé, dans un grand verre à Coca, et m’a dit que David Bowie était passé la veille…

C’est comme Robert Franck qui habi­tait à deux rues de là où je logeais à l’angle de l’Avenue B et de E 11th Street , où les dealers énuméraient sur un ton fatigué, une interminable liste de noms qui m’étaient inconnus de substances illicites, que je fuyais avec mon appareil photo caché sous la veste pour rejoindre la 1 st Avenue pour prendre mon petit déjeuner (un oeuf avec du bacon et un café) dans un snack qu’était censé fréquenter Robert Franck que je n’ai pourtant pas réussi à croi­ser pen­dant les trois semaines passées à New York en cette année 1992.

Idem pour Allen Gins­berg qui dédi­ca­çait son der­nier livre de photo et qui s’échinait à pas­ser, la veille, dans cha­cune des librai­ries dans les­quelles je rentrais… et que je rencontrerai et photographierai plus tard à Paris à la galerie Agnès B avec mon Rolleiflex.

Il fallut que je casse la figure à un de mes colocataires après le vol de mes films photo pour qu’il cesse, lui aussi, de me proposer toutes les drogues de la terre et que nous finissions par devenir « ami ».

Et je me demande ce qu’est devenu Steven, qui écrivait des poèmes en marchant autour, notamment, du Tompkins Square alors rempli de SDF que la police tentait d’expulser quand la population environnante, qui les soutenait en leur apportant nourriture et couvertures, avait le dos tourné.

On montait parfois sur le toit de l’immeuble pour jouer de la guitare et nous donner l’impression que la ville nous appartenait un peu, surtout lui, américain de naissance qui avait échangé sa nationalité d’origine pour celle d’une Italienne qui demandait l’Américaine et l’avait quitté pour entrer dans une secte. Depuis, fraudant le métro et sous la menace de plusieurs amendes qu’il ne pouvait pas payer, il pouvait être expulsable vers la vieille Europe qu’il ne connaissait même pas.